Le 25 novembre 2025, Amend et la FIA Foundation ont réuni à Johannesburg des représentants d’agences routières, des ingénieurs-conseils et des partenaires du développement venus de toute l’Afrique subsaharienne pour une journée d’échanges consacrée à une question centrale :
Comment intégrer et prioriser la sécurité des enfants et des usagers vulnérables à chaque étape du cycle de vie d’un projet routier ?
L’événement a réuni des professionnels qui façonnent les projets routiers à chaque étape – de l’identification initiale à la construction et à l’évaluation – créant ainsi un espace rare pour des discussions franches, une réflexion pratique et une résolution de problèmes multidisciplinaire.
Comprendre les enjeux : pourquoi la sécurité des enfants doit être intégrée dès le départ
Pour ancrer la discussion dans la réalité quotidienne des trajets scolaires, les participants ont répondu à une série de questions interactives.
Les résultats ont été sans appel :
- Chaque participant avait entendu parler d’un enfant blessé dans un accident de la circulation cette année dans sa propre ville.
- La majorité connaissait plusieurs cas.
- La marche reste le mode de déplacement dominant pour les écoliers dans toute la région.
Une étude de cas poignante, présentée en vidéo, a illustré les conséquences durables d’un accident impliquant une fillette de six ans en Afrique du Sud – d’une convalescence prolongée à une réduction de l’engagement scolaire et à un traumatisme psychologique persistant.
Ce témoignage a rappelé un principe essentiel du programme Safe Schools Africa : la conception des routes a un impact direct sur la santé, la sécurité et l’accès à l’éducation des enfants. Cette base a donné le ton aux discussions de la journée : la sécurité des enfants n’est pas un « ajout », mais une exigence fondamentale d’une conception routière axée sur les personnes.
Safe Schools Africa : renforcer les systèmes, pas seulement les infrastructures
Amend et la FIA Foundation ont ensuite présenté les avancées du programme Safe Schools Africa, qui accompagne les gouvernements et les équipes de projets financés par les banques multilatérales de développement pour intégrer systématiquement la sécurité des enfants dans les processus de conception routière. Le programme repose sur plusieurs volets complémentaires :
- Des projets de démonstration montrant concrètement ce qu’est une zone scolaire sûre ;
- Une assistance technique aux projets financés par la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et d’autres partenaires ;
- Le renforcement des capacités des agences et équipes de conception ;
- Une action de plaidoyer continue pour influencer normes, politiques et pratiques.
Des représentants de neuf projets en cours au Ghana, au Mozambique, en Tanzanie et en Zambie ont partagé des mises à jour, témoignant d’un intérêt croissant pour l’intégration de solutions centrées sur l’enfant dans les projets routiers.
Où se situe l’influence : une perspective à l’échelle du système
L’un des fils conducteurs de la table ronde a été la cartographie des moments où les différents acteurs peuvent réellement influencer l’intégration de la sécurité routière.
En comparant leurs expériences, les participants ont convergé vers une conclusion claire :
Les opportunités les plus déterminantes pour protéger les enfants se trouvent au tout début d’un projet – lors de la préparation et de l’évaluation du projet.
Une fois que la conception détaillée est en cours, il devient plus difficile d’apporter des améliorations significatives sans modifications du contrat ou financement supplémentaire.
D’autres recommandations fortes se sont dégagées :
- Mentionner explicitement les écoles et les besoins en sécurité dans les documents d’évaluation des projets ;
- S’assurer que les équipes de conception disposent des compétences techniques nécessaires pour concevoir des zones scolaires sûres ;
- Élaborer des lignes directrices nationales pour harmoniser la conception des zones scolaires.
Ces échanges ont permis d’identifier non seulement ce qu’il faut changer, mais surtout où dans le système ces changements doivent être ancrés.

Construction collaborative : concevoir pour de vrais trajets scolaires
La journée a également donné lieu à des travaux de groupe autour de deux environnements contrastés : une école bordant une route nationale en zone rurale, et une école située le long d’une grande artère urbaine. Les participants ont rapidement identifié les risques, hiérarchisé les contre-mesures et débattu des compromis que les équipes de conception rencontrent lorsqu’elles mettent en balance la sécurité, la vitesse, l’espace et le budget.
Les discussions ont révélé plusieurs principes :
- La gestion de la vitesse est fondamentale pour la sécurité des enfants ;
- Les passages doivent refléter les lignes de désir réelles des piétons, et pas seulement les conventions d’ingénierie ;
- La localisation des arrêts de bus et des portes d’école peut générer des risques si elle est mal pensée ;
- Les pratiques informelles autour des écoles doivent être prises en compte comme données de conception, non comme obstacles ;
- Et surtout : une conception sûre nécessite une collaboration pluridisciplinaire.
Ces exercices ont permis d’illustrer la complexité du travail des équipes de projet, tiraillées entre contraintes techniques, impératifs de mobilité et sécurité des plus vulnérables.


Enseignements clés pour les agences et partenaires
Tout au long de la journée, plusieurs thèmes sont constamment réapparus comme des priorités pour renforcer la sécurité des enfants dans les projets de développement routier :
1. Intégrer la sécurité des enfants dès les premières étapes du projet
Les décisions prises en préparation et en évaluation déterminent largement ce que la route offrira. La sécurité des enfants ne peut pas être ajoutée après coup sans nouveau budget ou compromis important.
2. Rendre les exigences de sécurité explicites dans la documentation du projet
Sans normes claires dans les cahiers des charges, les zones scolaires sûres risquent de ne jamais voir le jour.
3. Investir dans les capacités techniques
La conception pour les usagers vulnérables nécessite des connaissances spécialisées – les gouvernements et les équipes de projet ont besoin d’un soutien pour acquérir cette expertise.
4. Renforcer les lignes directrices nationales
Les pays pourraient bénéficier d’attentes claires et normalisées pour les zones scolaires sécurisées, qui seraient appliquées de manière cohérente à tous les projets.
5. Associer l’infrastructure à l’engagement communautaire
Les campagnes de sensibilisation renforcent l’impact des améliorations physiques.
Une dynamique collective
Comme l’a résumé Fatima Arthur, participante à la table ronde :
La sécurité routière est un défi dans nos pays africains. Amend contribue à sensibiliser et à améliorer les conceptions, tout en partageant une expertise précieuse avec les projets d’infrastructure routière et les entités gouvernementales.
Son témoignage reflète l’esprit de la rencontre : une volonté commune de comprendre les contraintes, d’identifier les leviers et d’avancer ensemble vers des solutions concrètes.
Perspectives
La table ronde a confirmé une dynamique positive à l’échelle du continent. De plus en plus de gouvernements et de partenaires reconnaissent que les routes doivent être pensées pour ceux qui les utilisent – en particulier les enfants, qui marchent plus que tout autre groupe.
Safe Schools Africa, dirigé par Amend avec le soutien de la FIA Foundation et de l’Agence Française de Développement (AFD), continuera à aider les gouvernements, les BDM et les équipes techniques à traduire ces enseignements en améliorations tangibles sur le terrain.